Jean-Claude Marcourt

Notre premier réseau Social, c’est la Solidarité ! 

Toutes les nouvelles

Guy Mathot, dix ans déjà

02/03/2015 00:00 / démocratique

Guy Mathot, dix ans déjà

Je vous propose de retrouver ci-dessous le discours que j'ai prononcé ce 28 février 2015 à l'occasion du dixième anniversaire de Guy Mathot. 

Cela vous paraîtra peut-être surprenant de prime abord mais je suis sûr que vous rallierez vite mon avis : pour évoquer Guy, 10 ans après sa mort, - et je voudrais d’emblée remercier Alain de m’avoir invité à prendre la parole en cette circonstance - je vais vous parler de lui au futur. 

Cela me semble en effet la manière la plus fidèle d’évoquer celui qui, quelles que fussent les circonstances de sa vie, regardait toujours vers demain. Guy était condruzien de naissance et non luxembourgeois. Pourtant je connais peu d’hommes à qui la devise luxembourgeoise colle aussi bien: il avait toujours une ardeur d’avance.

Au cours d’une vie qui remplirait 10, 20, 30 vies ordinaires, Guy est passé de l’ultra doué prodige au sage visionnaire. Et sa dernière période ministérielle est sans doute exemplaire de cette mutation : ce n’est pas porter ombrage à ses différents successeurs de le dire mais il reste la référence absolue comme gestionnaire des affaires intérieures de cette Wallonie qui nous était aussi chère à l’un et à l’autre et qui le demeure plus que jamais.

Juste avant de s’en aller, Guy avait, entre autres projets qui fourmillaient dans sa tête, ceux de revoir un Mathot au Parlement fédéral, de confier la Citadelle à Marie-Claire, de faire de Marcourt un ministre et de redonner à la Fédération liégeoise du Parti Socialiste sa force de frappe politique, sa capacité de faire bouger les lignes, de mobiliser, de proposer, de bousculer s’il le faut.

Mission accomplie pour les trois premiers, ce qui ne veut pas forcément dire qu’il a eu raison, je n’aurai pas cette prétention. Et il a failli réussir le quatrième. Avec le cocktail de séduction, d’amitié, de conviction et de travail qui était sa marque, il était en passe de gagner le pari quand ses ultimes forces l’ont abandonné et nous ont abandonnés.

« Une nouvelle dynamique doit animer le parti. Tout le Parti uni, sans exclure personne. Un Parti ouvert à l’ensemble du monde progressiste, laïc comme confessionnel. Un Parti alliant harmonieusement les qualités de ses aînés avec celles de sa jeunesse. Un Parti qui cherche constamment à progresser, sur base d’un projet politique ambitieux pour sa région. Tel est le fil rouge de notre projet. Chacun est invité à l’enrichir de sa propre réflexion ».

Ces mots là, Elio, pourraient être les tiens alors que tu lances le Chantier des idées. Ils sont en fait signés Guy Mathot. J’ai juste remplacé « la Fédération » par « le Parti ». Et ces mots figuraient en exergue du programme  qu’il soumettait aux militants voici près de 12 ans et sur lequel il fut alors élu président de la Fédération liégeoise du Parti.

« Le monde dans lequel nous vivons connaît de profonds bouleversements. Bon nombre de modèles économiques, financiers, sociaux, environnementaux, éducatifs, numériques, voire démocratiques sont remis en question. L’action politique, les partis, le militantisme font l’objet, eux aussi, de questionnements.

Le PS doit donc se mobiliser pour repenser sa vision et ses réponses à l’aune de ces questionnements. Les socialistes doivent transformer le réel. Mais pour cela, il faut d’abord se nourrir sur le plan des idées ». Là, c’est Elio qui parle et cela aurait pu être Guy.

Cela montre combien le propos, combien la vision de Guy Mathot restent résolument modernes, tournés pleinement vers l’avenir, sans lèhi’m plorisme, sans culte ni culture de la nostalgie.

Ainsi, quand dans cet acte de candidature à la présidence de la Fédération liégeoise, en 2003, je le rappelle, il évoque les grandes figures socialistes liégeoises, c’est pour mieux défricher de nouveaux horizons.

De Georges Truffaut à Léon Elie Troclet, JJ Merlot, André Renard, André Cools, de Freddy Terwagne à René Piron… des leaders socialistes, mutualistes et syndicalistes liégeois, trop nombreux pour être cités tous, ont écrit quelques-unes des pages les plus importantes de l’Histoire du  mouvement socialiste wallon et belge. Il nous faut retrouver leur pugnacité, leur vision prospective du Socialisme et leur capacité du don de soi pour que Liège soit à nouveau la figure de proue du PS.

 Hier, c’est de Liège qu’ont été lancés des grands combats politiques socialistes comme l’enseignement pour tous, la sécurité sociale, l’égalité hommes-femmes au travail ou le fédéralisme. Demain, une région liégeoise plus dynamique contribuera solidairement à une Wallonie à nouveau prospère, berceau de nouveaux progrès sociaux pour l’ensemble de la population ».

Pour construire ce renouveau, il avait arrêté 7 objectifs et je veux ici dire combien j’adhère à cela pour notre avenir :

  • Donner  une place prépondérante à nos militants au sein de la Fédération
  • S’ouvrir à l’ensemble des progressistes et du mouvement associatif
  • Resserrer les liens avec les autres fédérations de la Province
  • Participer plus activement au débat politique sur les enjeux extra-locaux
  • Jouer un rôle moteur au sein du Parti
  • Prendre et garder l’initiative politique en région liégeoise
  • Et, enfin, respecter ses engagements électoraux.

Dans une région et dans une ville en proie aux mutations industrielles et aux appétits financiers qui les sous-tendent, Guy était persuadé que la réponse sociale que l’on devait à celles et ceux qui étaient victimes de ces mutations ne pouvaient que se construire sur de nouvelles bases économiques.

Nous avons, Elio et moi, lancé le plan Marshall. Les pôles de compétitivité montrent que la Wallonie peut être à la pointe dans certains secteurs et tenir la dragée haute à n’importe quelle autre région du monde.

Dans les mois qui viennent, je vais présenter un important plan numérique destiné à inscrire durablement l’économie wallonne dans la modernité. Et cela pour offrir à tous une qualité de vie décente, des perspectives d’avenir, la possibilité de construire sa vie selon ses propres aspirations. 

Guy, par une conviction peut-être renforcée par les épreuves qu’il traversa, était persuadé qu’une telle bataille ne pouvait être gagnée sans provoquer l’adhésion de la population et cela passait et passe par la réconciliation des citoyens et de leurs élus. 

Il voulait que le Parti soit au cœur de l’action dans la reconversion sociale et économique du bassin liégeois. Et pour y parvenir, il voulait resserrer les liens de l’Action commune. Il voulait aussi s’appuyer sur nos ressources culturelles et en faire autant d’atouts qui participent activement à ce renouveau économique et social. Tout cela est plus d’actualité que jamais.

Je finirai le tour de ce j’appellerais un testament politique visionnaire par une attention qui n’étonnera que celles et ceux qui ne connaissaient pas Guy Mathot. Je le cite :

« La fédération doit (re)devenir un lieu où il fait bon venir rencontrer des camarades en toute convivialité, professionnels (écrit entre guillemets) ou non. Pour un grand nombre de citoyens, le militantisme reste un engagement. Pour un tel engagement citoyen, la fraternité et la bonne entente sont des éléments essentiels ».

C’est ce que, modestement, j’ai essayé de faire pendant la dernière campagne électorale et je crois pouvoir dire que cela a eu des effets positifs. Cela me renforce dans ma conviction que la convivialité est un carburant efficace du militantisme. 

Guy Mathot, comme aucun être humain du reste, n’a pas tout bien fait.

Guy, comme tout le monde mais peut-être plus que tout le monde, a été un être paradoxal  et l’image qu’il envoyait ne correspondait pas toujours à ce qu’il était réellement. Dilettante et jusqu’auboutiste, enfant gâté et homme de grande culture, hédoniste et en bouillonnement intellectuel permanent.

Et Guy avait aussi une qualité rare : le sens de l’amitié et de la fraternité.

Alors aujourd’hui, notamment au nom de l’amitié qui nous liait et de la fraternité, le plus bel hommage que nous puissions, collectivement, lui rendre, c’est de donner vie, malgré sa mort, à ce qui fut son dernier souhait, son dernier combat.