Jean-Claude Marcourt

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Nanolittérature et cyberculture

18/02/2015 00:00 / Divers

Nanolittérature et cyberculture

Cent ans avant l'apparition de Twitter, un courant littéraire d'un genre nouveau apparaissait dans le quotidien Le Matin. Prémonitoire?

Félix Fénéon (1861-1944) a raté d’un demi-siècle la révolution internet. Dommage : ce critique d’art reconnu, dénicheur de talents et journaliste, aurait sans doute été l’un des tweeteurs les plus suivis de la twittosphère… Par le miracle technologique, il a tout de même fini par renaitre virtuellement de ses cendres (https://twitter.com/felixfeneon).

Le 26 février 1884 paraît, en France, un quotidien d’un genre nouveau : Le Matin (un nom qui rappellera quelques souvenirs aux lecteurs progressistes wallons…). Qui se définit ainsi : « Le Matin ne devant ressembler à aucun autre journal, son programme ne ressemblera à aucun autre. Le Matin sera un journal qui n’aura aucune opinion politique, qui ne sera inféodé à aucune banque, qui ne vendra son patronage à aucune affaire ; ce sera un journal d’informations télégraphiques, universelles et vraies ». Voici un journalisme d’un genre nouveau. Car l’adjectif « télégraphique » est à double sens, comme l’explique Didier Decoin dans son Dictionnaire amoureux des faits divers (Plon, 2014) : « Il qualifie à la fois le style des faits divers recensés par le nouveau quotidien et la voie par laquelle ceux-ci, en provenance de toute la France, voire du vaste monde, devaient parvenir à la salle de rédaction ».

Exit donc le style littéraire emporté, place à une syntaxe courte, sèche, qui va à l’essentiel en 135 caractères maximum. Un exemple ? « Le syndicat de l’arsenal de Rochefort a décidé de présenter quatre revendications. Le refus ? La grève ».

Mais lorsque Félix Fénéon est engagé au Matin (entre mai et novembre 1906), il va améliorer ces « nouvelles en trois lignes » (titre de la rubrique) du tout au tout, en y ajoutant de l’emphase, de la tragédie et une certaine espièglerie : « On était en gare de Vélizy, mais le train roulait encore. L'impatiente Mme Gieger s'est cassé les jambes ». Ou encore : « Près Gonesse, Louise Ringeval, 4 ans, tomba d'un direct, fut recueillie par un rapide et rentra, 16, rue Daval, à Paris, à peine écorchée ». On ne s’en lasse pas : « Le feu, 126, boulevard Voltaire. Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent sur la tête, l’un une poutre, l’autre un pompier ».

Cent ans plus tard, le 21 mars 2006 précisément, Twitter faisait son apparition sur internet. Initialement, le projet était assez ludique (« tweet » a été traduit par « gazouillis » en français), puisqu’il s’agissait de partager son quotidien (« Que suis-je en train de faire ? »). Mais l’originalité de Twitter fut de limiter le nombre de caractères à 140. Un nombre qui ne fut évidemment pas choisi au hasard (ni en hommage à Fénéon!) : dès le début, on pouvait écrire ses tweets via internet, mais également pas SMS… Une technologie qui, elle, empêchait tout message dépassant 160 caractères. Les fondateurs de l’oiseau bleu laissèrent donc une marge de 20 caractères pour que s’écrive également le nom de l’émetteur du tweet…

Aujourd’hui, plus d’un demi-milliard de comptes sont référencés sur la toile et le site s’est peu à peu installé comme une source d’information à part entière.

Avec les nouvelles technologies, notre société scripturale a encore de beaux jours devant elle !