Jean-Claude Marcourt

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Liège, 1er mai 2016

01/05/2016 18:00 / politique

Liège, 1er mai 2016

Retrouvez ci-dessous mon discours au rassemblement de ce 1er mai 2016 à Liège: 

 

"Camarades,

 

Ce que nous vivons aujourd’hui est fait de turbulences, de bouleversements, de secousses et de tragédies.

L’insécurité économique croissante, l’émergence de la précarité énergétique, les affirmations identitaires, la montée de l’individualisme, la société de la défiance, de la déliaison et du repli sur soi, et ce sont autant de facteurs qui mettent la cohésion sociale à rude épreuve.

Le tableau ressemble comme deux gouttes d’eau à la situation que l’Europe a connue voici 80 ans. Montée du fascisme compris. En Allemagne, en Italie bien sûr, en Espagne mais aussi ici, chez nous, avec REX et le VNV, l’ancêtre du Vlaams Belang et autre NVA. 80 ans : 1936 et le 3 mai, jour de deuxième tour d’élections législatives en France et la victoire du Front Populaire.

En quelques mois, Léon Blum et son gouvernement vont hausser les salaires, reconnaître le droit syndical, instaurer les congés payés et la semaine de 40H de travail hebdomadaire, rompre avec une politique de rigueur et y substituer une politique de relance, pousser la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, promouvoir la recherche avec la création du CNRS, mettre en place les premières conventions collectives de travail…

Le Front Populaire fut une expérience courte mais intense et ses résultats sonnent aujourd’hui encore comme autant de combats remportés par la gauche.

« Il est revenu un espoir, un goût du travail, un goût de la vie » , a pu dire alors Léon Blum.

Les mêmes fractures existent toujours entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Des progrès ont été réalisés ou plutôt arrachés, conquis de haute lutte. Et nous ne dirons jamais assez notre respect et nos remerciements à celles et ceux qui nous ont précédés pour leur engagement, leur abnégation, leur mobilisation de chaque instant.

Mais ces progrès sont toujours en travers de la gorge de certains qui n’hésitent pas à vouloir les remettre en cause ; la suppression du saut d’index n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Camarades,

La mondialisation dans son acception néo-libérale, c’est aussi l’expression de la violence des riches.

Celle qui permet la distribution des dividendes au moment même du licenciement de ceux qui les ont produits.

Celle qui permet à un fonds d’investissements de racheter une usine pour l’abandonner après avoir fait main basse sur son savoir-faire et ses actifs.

Celle qui permet que financiarisation et dérégulation aboutissent à la privatisation des profits et à la socialisation des pertes.

Celle qui permet, dans la logique purement boursière des investisseurs spéculateurs, la prolifération de prédateurs en tous genres.

Celle qui donne à certains le pouvoir de se rire des contraintes liées à l’identité nationale et aux territoires pour faire s’évanouir leurs profits dans des paradis fiscaux.

Celle qui voit des entreprises licencier leurs travailleurs et dans le même temps importer de la main d’oeuvre à bas prix, comme si c’était du bétail, et donner à celle-ci le travail dont elles privent ceux-là.

Et nous, qui paierons bientôt des intérêts négatifs sur nos comptes d’épargne, nous entendons parler de bonus toujours plus exorbitants, de parachutes toujours plus dorés mais aussi de Bahamas, d’Iles Caïman, de Grenade, du Bélize, des Maldives ou des Seychelles ; on nous en parle comme de lointains Edens, presque irréels ; on nous dit, de manière récurrente qu’il est temps d’y mettre un terme.

On pensait avoir atteint les sommets de l’horreur avec le 20ème siècle. Et voici que le 21ème s’ouvre dans le sang et les larmes. La première décennie du 21ème siècle commence un 11 septembre et s’achève par une débâcle financière.

Une débâcle financière résultant d’un système dans lequel il est de plus en plus difficile de dissocier économie réelle et spéculation financière, un système où on n’investit qu’avec le surplus emprunté dans le futur.

Et comme il semble désormais acquis que nous évoluons dans une société de choix risqués où seuls certains se chargent des choix tandis que l’immense majorité des autres prennent en charge les risques, les crises financières, on les règle en soustrayant le mal à Wall Street et en l’étendant aux contribuables.

Car, enfin, s’il faut en croire les chantres du néo-libéralisme, la crise fait simplement partie du cycle normal de destruction créatrice par lequel l’économie de marché progresse.

Et si on les laissait faire, ils voudraient, comme Hayek, mettre l’ordre spontané du marché à l’abri des urnes, comme Sarkozy, dépénaliser le droit des affaires et les abus de biens sociaux.

Et le seul moment où, pour eux, socialiser n’est pas indécent, c’est quand il s’agit de sauver le système bancaire.

Pour le reste, les Etats devraient se contenter d’un rôle d’acteurs subalternes, de facilitateurs et de stabilisateurs de la mondialisation économique.

Et nous, socialistes, organisations sociales et syndicats, nous passons désormais pour des conservateurs, hiérarchiques et administratifs, parce que nous sommes les derniers défenseurs des droits sociaux.

Eh bien, alors, ce conservatisme-là, je le revendique s’il n’est plus un réflexe de riches, mais une nécessité de pauvres.

Ce conservatisme-là, je le revendique encore quand je vois la manière dont est orchestré un démantèlement des services publics digne des années Thatcher.

Ceci nous amène tout naturellement à l’Europe. La Grande-Bretagne est devenue le chantre d’une Europe à la carte, d’une Europe des avantages, faisant fi des solidarités.

Ont-ils à ce point pu oublier que l’Europe est en partie issue de leur résistance, il y a 75 ans ? 

Pourquoi tenter de les retenir ? Qu’est-ce que cette Europe où n’ont eu de cesse de surgir dans ses rangs des eurosceptiques de tous poils ?

Où est-il l’idéal de ces enfants de Cervantès, de Dante, de Shakespeare, de Goethe et de Rousseau, qui voulaient partager des règles politiques et pas seulement une économie ?

Où est-il, cet idéal, quand le dumping social court les autoroutes et les chantiers et quand des travailleurs sont déplacés comme des marchandises par des truands anonymes qui les exploitent et se rient de leurs droits ?

Est-il encore pensable de convaincre que le 21ème siècle doit être européen, quand une partie des Etats membres considèrent désormais que l’ambition économique suffit à la défense du projet européen ?

 

Cela peut paraître paradoxal mais c’est au nom de l’internationalisme qui nous est cher et de l’idéal de solidarité qui nous l’est tout autant que je dis aujourd’hui à tous ceux qui veulent d’une Europe plus libérale encore : bon vent, bon brexit ! Monsieur Cameron, lâchez-nous les baskets. Et si d’autres du même acabit veulent suivre le même chemin, qu’ils s’en aillent aussi.

Notre héritage européen n’a de réelle signification que si nous sommes capables d’en déduire un avenir. Notre Europe, celle à laquelle nous aspirons, ce n’est pas l’Europe des banques, c’est l’Europe des citoyens !

Je crois qu’il est urgent de rappeler que tous nos acquis de liberté et de démocratie ne sont pas des conséquences naturelles de l’évolution du libéralisme économique, mais qu’ils ont été gagnés, le plus souvent arrachés par les classes populaires.

Et de tous ces combats, les socialistes en étaient.

Il faut qu’ils soient encore de tous les combats à venir.

Face aux exclusions dures, aggravées par les politiques d’austérité, on ne peut se contenter des restos du cœur et du samu social ou du grand retour du bénévolat et du mécénat.

Qui, sinon les socialistes, feront entendre leurs voix en faveur du maintien de la solidarité quand il n’est question partout que de désendettement des Etats, de rationalisation des dépenses publiques et de retour sur investissements ?

Qui, sinon les socialistes, inventeront de nouvelles formes de solidarité dans une économie émancipée du dogme de la croissance et de la productivité ? Qui, sinon les socialistes, feront en sorte que l’on passe à une société de post-croissance sans tomber dans le chaos social ? 

C’est en tant que socialiste, et en tant que Wallon, que je me réjouis de voir la résistance menée par le Parlement de Wallonie au plus de pouvoir incontrôlable accordé au marché, que ce plus s’appelle CETA ou TTIP.

C’est en tant que socialiste, et en tant que Wallon, que je me réjouis des efforts faits par notre assemblée pour redynamiser la relation entre pouvoirs publics et citoyens.

C’est en tant que socialiste, et en tant que Wallon, que je souhaite que nous relocalisions nos activités de production, que nous renforcions la solidarité régionale et que la Wallonie demeure une terre d’accueil.

« Le socialisme est né de la révolte de tous ces sentiments blessés par la vie, méconnus par la société. Le socialisme est né de la conscience de l’égalité humaine », disait Blum.

L’égalité, quels que soient l’époque, le continent, les circonstances, le combat pour l’égalité entre les hommes et bien sûr, alors que nous célébrons le 50e anniversaire de la grève des femmes de la FN, le  combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes, l’égalité c’est l’étoile qui guide nos pas.

Nous devons évidemment lutter contre tous ceux qui veulent mettre à mal les conquêtes du Front Populaire et de leurs successeurs, les conquêtes socialistes, mais il nous faut aussi projeter nos valeurs dans le monde de demain, celui d’une nouvelle et déterminante mutation technologique. Et nous devons le faire, plus que jamais, comme le disait Blum, avec la conscience de l’égalité humaine chevillée en nous.

Bon Premier Mai, Camarades".

 

Jean-Claude Marcourt.