C’est un des paradigmes les plus abjects de l’économie (néo)libérale : dans le monde de l’entreprise, les travailleurs sont devenus la variable d’ajustement qui permet d’atteindre les résultats escomptés. Manifestement, certains entendent soumettre les entreprises publiques à ce sinistre régime, comme vient de le montrer la direction de Proximus. Que la direction d’une entreprise comme Proximus veuille améliorer ses performances et, partant, les services qu’elle propose à ses clients, en suivant d’aussi près que possible – et pourquoi pas en les anticipant - les développements technologiques, elle ne fait là que son travail. Qu’elle le fasse en traitant le personnel froidement comme un terme d’une équation et qu’elle annonce brutalement le licenciement de 1900 travailleurs, c’est non seulement une honte, c’est aussi une faute grave. Et cela avec la complicité, au moins passive, de son actionnaire principal, l’Etat belge, propriétaire à hauteur de 53%.

Avec un gouvernement fédéral et son Premier Ministre Charles Michel qui se sont totalement désintéressés de la chose d’autant plus qu’ils sont, viscéralement, aveuglément, hostiles aux entreprises publiques, aux services publics, à l’initiative industrielle publique.

Plutôt que verser des larmes de crocodile parce qu’il n’a pas été informé de la décision de la direction de Proximus, Michel a, pour une fois, la possibilité de concrétiser sa célèbre antienne « jobs, jobs, jobs » puisqu’il suffirait que le gouvernement fédéral renonce à une partie de ses dividendes pour réaliser les économies que la direction a programmées.

Depuis 2014, et cela devrait encore être le cas en 2018, Proximus verse 480 millions d’euros chaque année à ses actionnaires. Dont 270 à l’Etat fédéral. Or la direction justifie son plan par une volonté d’économiser 240 millions à l’horizon 2022. Pourquoi ne pas consacrer une partie des dividendes versés par Proximus à l’Etat pour former le personnel actuel et lui permettre de participer à la modernisation nécessaire de l’entreprise et de fournir ainsi une part substantielle des nouveaux profils dont la société a besoin ? D’autant que les décisions prises par le gouvernement Michel-De Wever tant en matière de prépension (ce qu’on appelle maintenant le RCC, régime de chômage avec complément d’ancienneté) qu’en matière d’assurance chômage n’ont fait que noircir davantage encore le tableau des travailleurs qui perdraient leur emploi.

« Jobs, jobs, jobs » qu’il disait ? Chiche !