Chers Camarades,

 

Je n’apprendrai pas grand-chose à qui que ce soit si je dis qu’au cours des dix prochaines années la révolution numérique va profondément transformer l’ensemble des secteurs économiques et que cela va avoir une influence énorme sur le marché de l’emploi.

Grâce aux politiques que nous avons menées au cours de la dernière décennie, nous avons anticipé un mouvement qui ne va faire que s’accélérer.

Ainsi, avec les pôles de compétitivité, nous avons changer la colonne vertébrale de l’économie wallonne avec des résultats concrets à la clef : depuis plus de cinq, le chômage baisse sans discontinuer.

Cinq ans ! c’est-à-dire plus de trois ans et demi avant l’installation de l’actuelle majorité. Avec une amélioration du PIB wallon, je ne puis voir là que le fruit du travail que nous, socialistes, avons initié et mené.

C’est peut-être parce que les résultats étaient au rendez-vous, même si nous savons tout le chemin qu’il nous reste à faire pour que chacun trouve l’emploi qui lui permette de vivre dignement, que nos successeurs ont décidé de casser systématiquement ce qui fonctionnait bien. A moins que ce ne soit par pure incompétence !

D’où la remise en cause de tous les efforts accomplis pour développer la créativité. D’où la mollesse du soutien aux pôles de compétitivité.

D’où la réforme du système APE – je devrais plutôt dire la purge du système APE – qui va mettre au minimum 5 ou 6000 travailleurs sur le carreau et des dizaines, des centaines d’employeurs, principalement dans le non-marchand et le secteur public au sens large, dans l’impossibilité de remplir les missions et services qu’ils rendaient aux citoyens, et le plus souvent aux citoyens les moins favorisés.

D’où, dernier exemple, la diminution de 30% des moyens alloués aux centres de compétence destinés à l’accueil des élèves et étudiants de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur.  Et dans le même temps, ils disent vouloir prendre des mesures coercitives pour lutter contre les métiers en pénurie.

Pour reprendre la marche en avant de la Wallonie et quitter la période de glaciation dans laquelle l’a plongée le gouvernement MR-CDH, il nous faut relancer  une politique industrielle partenariale créatrice de valeur ajoutée et d’emplois de qualité, autour de ses secteurs porteurs (biotechs, aérospatial, génie mécanique, agro-industrie). Cela doit se faire en limitant la consommation de ressources naturelles dans des proportions qui ne nécessitent pas d’extraire plus que ce que la Terre est capable de régénérer. Cela signifie l’objectif zéro déchets à moyen terme, la production d’énergie renouvelable, la préservation de la qualité de l’eau et le développement de l’économie circulaire, j’y reviendrai.

Cette politique industrielle doit répondre aux enjeux de demain qui sont largement transversaux à tous les secteurs économiques et toutes les compétences régionales

  •      digitalisation/numérique/automatisation
  •      énergie
  •      mobilité
  •      économie circulaire
  •      bien-être
  •      gestion des ressources
  •      silver économie

Pour cela, il faut

  • continuer à développer des lieux d’accueil d’activité économique, notamment en réinvestissant les friches ;
  • mettre l’ensemble des compétences régionales au service de la création d’activité et d’emplois (aménagement du territoire, mobilité, énergie, numérique, environnement, fiscalité, etc) ;
  • soutenir les nouveaux modes d’organisation du travail : le télétravail, le coworking, les modes d’entrepreneuriat alternatif, le modèle coopératif, les fablabs,… sans parler de l’indispensable réduction du temps de travail qui sera un élément phare du programme fédéral.

Nous proposons aussi d’élaborer une charte de transition énergétique avec les milieux économique, académique et énergétique avec le triple objectif de préserver la compétitivité des entreprises, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois durables, l’environnement et la qualité de vie des citoyens.

J’ai évoqué brièvement l’importance de développer l’économie circulaire. En une formule, l’économie circulaire peut se définir par la limitation de la consommation de ressources naturelles dans des proportions qui ne nécessitent pas d’extraire plus que ce que la terre est capable de régénérer.

L’ensemble des besoins pour les autres produits et services étant alors rencontrés grâce à des techniques de réutilisation, de reconditionnement ou de recyclage. C’est une philosophie inverse de ce qui se fait souvent selon les standards « extraire, fabriquer, jeter ». Il est indispensable de s’inscrire résolument dans cette voie.

Nous    avons, dans le programme, nombre de propositions concrètes pour soutenir l’entrepreneuriat et notamment  les jeunes et les femmes qui se lancent, attirer des entreprises étrangères, poursuivre la simplification administrative, développer l’accompagnement numérique en redonnant à Digital Wallonia et aussi à Creative Wallonia, l’ambition et les moyens que je leur avais fixés. Je veux aussi pointer tout ce que nous devons faire en matière de droit à la seconde chance.

Tout ceci n’a de chance de réussir et de réussir de manière harmonieuse sur le plan social que si nous remettons la concertation avec les interlocuteurs  sociaux au cœur de la politique industrielle. Il faut revitaliser le modèle mosan, garant de paix sociale et de progrès partagé.

Et cela me permet, logiquement, d’aborder le volet emploi de notre programme dans lequel je vais pointer quelques propositions.

D’abord, il nous faudra corriger, c’est-à-dire abroger, la réforme APE portée de manière aveugle et obsessionnelle par l’actuel ministre de l’emploi. L’avenir d’une bonne partie du secteur non-marchand en dépend. Dans le même temps, il faudra redéfinir  un dispositif transparent et simple qui garantit la préservation des emplois actuels.

Nous voulons aussi prémunir les travailleurs contre des pertes d'emploi lieés à la robotisation et au digital, en octroyant des chèques-carrières pour les aider à anticiper ou surmonter les transitions professionnelles.

Notre programme régional fourmille de propositions qui seront complétées par celles qui seront reprises dans le programme fédéral, je pense notamment au relèvement du salaire horaire minimal à 14€, revendication que nous portons avec nos camarades de la FGTB.

La meilleure porte ouverte sur l’emploi, c’est bien connu, c’est la qualité de la formation. Contrairement à ce qu’a fait le gouvernement Borsus, il faut au contraire renforcer les centres de compétences. Cela vaut également pour l’enseignement, avec une attention particulière pour le technique et le professionnel. Et cela sans réduction adéquationniste, bien au contraire, mais parce que si l’enseignement doit plus que jamais émanciper et ouvrir au monde, on sait pareillement que l’emploi permet de s’épanouir socialement et de construire sa vie. C’est cette double exigence, émancipation et accès à l’emploi, qui me pousse à dire que l’enseignement doit être  davantage en phase avec la réalité économique de nos territoires.

Je voudrais brièvement évoquer un secteur qui m’est particulièrement cher et que j’ai contribué à développer au travers d’un décret qui lui donnait stabilité et perspectives de développement, c’est l’économie sociale. Comme je l’ai permis via le principe des SCOP, nous voulons soutenir, au niveau régional et fédéral, la reprise d'entreprises rentables par leurs employés sous forme de coopératives de travailleurs.

Et dans l’éveil à l’entreprenariat dans les écoles, nous encouragerons les celles –ci, du primaire au supérieu, à inclure l’apprentissage des principes de l’entreprenariat social et coopératif dans les programmes d’enseignement.

Pour terminer ce bref survol, je voudrais attirer votre attention sur le développement indispensable des circuits courts. Qui doivent assurer une alimentation de qualité accessible à tous en assurant une juste rémunération aux producteurs locaux qui pourront davantage encore s’inscrire dans le développement d’une agriculture durable et saine.

Nous devons, en Wallonie, montrer que nous pouvons être exemplaires dans le développement d’activités créatrices de richesses et d’emplois qui garantissent tout à la fois une juste répartition de ces richesses et la préservation de notre planète.

L’ensemble de nos propositions pour une vie de qualité mènent ainsi à la préservation du climat. Cela n’est pas sans rappeler les manifestations hebdomadaires des jeunes, dont je me réjouis parce qu’elles montrent l’engagement de celles et ceux-ci pour une cause collective. Et cela montre que le socialisme est plus actuel que jamais.

Bon congrès et vive la Wallonie.